Chronique de Sulpice O. Gbaguidi:Le deuil du ballon se poursuit

Chronique de Sulpice O. Gbaguidi

En toute sincérité

Le deuil du ballon se poursuit

La défaite bénite d’un Bénin éhonté face à une Côte d’Ivoire glorieuse n’a pas achevé d’édicter ses châtiments à cette insouciance cultivée qui a trop arrosé l’esprit du conglomérat des rustres. Au cimetière des Ecureuils, les lamentations tardives d’où jaillissent les larmes de crocodiles, ébruitent le silence immoral de fin de saison des hypocrites. Malgré l’épisode de dissolution du Staff technique annoncé en fanfare, l’immolation d’Ecureuils fait fumer l’orgueil de tout un peuple. La correction du Dimanche 5 juin génère une chaîne de remises en cause. Il urge de refuser à croire à la fatalité du mal.

Ce 6-2 sublime et punitif ne peut rester bâtard dans une République où les succès suscitent une guerre de paternité qui laisse découvrir l’érosion des scrupules et l’euphorie de potentiels damnés. « La victoire a cent pères mais la défaite est orpheline  » disait John Fitzgerald Kennedy. La déroute à domicile doit avoir de géniteur car le mal sur le gazon ne peut être gratuit. Il est vrai que depuis la récente descente dans les caniveaux, on est dispensé du ballet des bonimenteurs sur les écrans de paisibles chaînes de télévisions. Un miracle face aux sains éléphants aurait dû provoquer l’hystérie médiatisée et dévoiler des torses bombés jusqu’à la caricature sous le fracas de gosiers pervertis. La défaite nous a mis à l’abri des gestes de King Kong vantant les performances d’une équipe pourtant déréglée.

La honte du 05 juin interpelle la masse d’acteurs de football. Le président de la Fédération béninoise de football (Fbf) n’est visiblement pas ému par l’humiliation. A défaut d’une démission exigée par la dignité et la raison humaine, il devrait tout au moins jouer sur les apparences avec des excuses publiques et notamment un pardon au peuple béninois. Cette disette d’humilité met à sa charge de circonstances aggravantes dans les tribulations de nos Ecureuils. Nietzsche salue l’attitude pleine de sagesse du ver qui se recroqueville quand on marche sur lui car il  » amoindrit la chance de se faire marcher dessus ». A la Fbf, on préfère le destin de la grenouille ambitieuse. Le refus de s’humilier expose à une peine dictée de l’extérieur. Victime d’un déchirement interne, la Fbf et son obstiné chef plongent le football national dans le chaos. Seule l’humilité sera le levier d’une possible réconciliation. Pro-Adjavon et pro-Anjorin devraient partager cette vertu. « Autant l’union fait la force, autant la discorde expose à une prompte défaite » observe Esope. L’excellente Côte d’Ivoire a usé d’une rare éloquence pour goûter aux fruits de la division à la Fbf.

Au nom d’un patriotisme insolite, quelques ectoplasmes recrutés même dans la presse et engraissés d’espèces sonnantes et trébuchantes jouaient à manipuler l’opinion. Des supporters aveuglés se sont habitués à prendre des vessies pour des lanternes et à exalter la médiocrité alors que s’amplifiaient le mal. L’équipe nationale se peuple des échantillons rares de vieux joueurs qui bénéficient de la magie de l’âge. Le favoritisme, le copinage et d’autres procédés malsains ont connu une inflation inquiétante au point d’affaiblir les Ecureuils et de les réduire à avaler des couleuvres.

Il est impérieux après la déculottée historique, de chercher le ou les coupables du crime. Le deuil du ballon, lui, n’a pas de répit. On pleure le recul du football dans un pays qui totalise trois qualifications pour la Coupe d’Afrique des Nations (Can). Seule la punition des coupables sèchera nos larmes. Une piste est à explorer : la passion forcenée de Moucharaf Anjorin pour la présidence de la Fbf. Le coupable est peut-être déjà connu. Peut-être !
8-06-2011, Sulpice O. GBAGUI

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