Figure iconique du football béninois et des Requins de l’Atlantique, Expédit Dossou-Gbété s’est confié sans filtre. De ses débuts romantiques aux réalités financières des années 80, en passant par le mythique clasico contre les Dragons et ses conseils avisés pour la nouvelle génération, « Pépé Chéri » plonge les supporters dans les coulisses d’une époque dorée.
1. Quelle a été votre première saison dans l’élite et votre tout premier club ?
R : J’ai découvert le championnat local au début des années 80. J’ai fait mes grands débuts avec mon club de cœur, les Requins de l’Atlantique.
2. À quoi ressemblaient les salaires et les primes de match à l’époque ?
R : Le plafond salarial tournait autour de 35 000 francs, avec une base fixée à 20 000 francs. Côté primes, on émargait à 5 000 francs par match gagné, avec parfois un bonus supplémentaire de 5 000 francs pour un but inscrit lors d’une victoire — ce qui pouvait faire grimper la prime à 10 000 francs si on mettait un quadruplé !
3. Comment s’organisait la mise au vert ?
R : L’entrée en concentration se faisait la veille du match à 19h, autour de repas simples comme du riz. Le jour J, le rituel était immuable : un café léger au petit-déjeuner, puis de l’Akassa à midi pour garder la digestibilité et l’agilité sur le terrain. Après la rencontre, chacun rentrait directement chez soi.
4. Les primes étaient-elles versées à temps ?
R : C’était variable : parfois versées juste après le sifflet final, ou le lendemain, voire deux jours plus tard selon les disponibilités financières. Avec le recul, je réalise les sacrifices immenses des dirigeants. Ils cotisaient directement sur leurs propres salaires pour nous honorer. Nous, les joueurs, pensions à tort être lésés, alors qu’ils portaient le club à bout de bras.
5. En tant que star des Requins, bénéficiiez-vous de privilèges en ville ?
R : Énormément ! Entre l’aide des supporters et le soutien des dirigeants, je ne manquais de rien. Je recevais régulièrement des attentions, de l’argent ou même des paires de crampons.
6. Combien de jeux de maillots aviez-vous pour la saison ?
R : Nous disposions de plusieurs tuniques : le blanc-rouge et le rouge-blanc. Mais au coup d’envoi du championnat, c’est incontestablement le maillot rouge et blanc qui nous portait le plus de chance.
7. Quel souvenir gardez-vous de la tension avant un clasico Dragons – Requins ?
R : La concentration était totale. Après les entraînements, on ne sortait plus. Dès la première séance de la semaine, tout le groupe était focus sur l’objectif : battre l’ennemi juré à tout prix. Même chez moi, mon esprit était déjà tourné vers le match. À 48 heures du coup d’envoi, j’étais mentalement sur le terrain.
8. Y avait-il des primes de match spéciales ou des promesses pour ces affiches ?
R : Oh que oui ! Le regretté président AFFO Frédéric nous promettait souvent le triple de notre prime habituelle en cas de victoire, sans compter les promesses de maillots.
9. Quel est le secret qui a fait de vous l’un des plus grands joueurs de l’histoire du pays ?
R : Tout part de mon enfance : très tôt, à 10 ans, je jouais déjà avec des gamins de 6 et 7 ans. Courir derrière eux m’a forgé une caisse et une énergie incroyables. J’ai aussi eu la chance immense de croiser la route d’un immense joueur, DOVI LAKOUSSAN. J’ai eu le privilège d’évoluer à ses côtés et il m’a transmis énormément.
10. Quel message adressez-vous aux jeunes talents de la Celtiis Ligue 1 et Ligue 2 ?
R : Mon conseil est simple : gardez les pieds sur terre et évitez la vanité. Il faut avoir l’ambition d’aller s’exporter à l’étranger, de viser l’Europe et de porter haut les couleurs de l’équipe nationale, sans se cantonner au seul championnat local. Écoutez vos entraîneurs, baissez la tête pour travailler et acceptez les critiques. Le respect est primordial, car seul celui qui aime votre football prendra le temps de vous recadrer.
11. Quelle est votre actualité aujourd’hui ?
R : Après ma carrière de joueur, je me suis naturellement orienté vers le coaching, en officiant comme adjoint et titulaire en D1 et D2. Aujourd’hui, je donne de mon temps au centre Coton Sport. Mon grand rêve, si je trouve des partenaires et du soutien, est d’ouvrir ma propre académie pour former les plus jeunes dès 13 ans, tout en restant prêt à apporter mon expertise et mes conseils au staff de l’équipe nationale.
